Lectio Justice et bonté

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Évangile selon saint Matthieu 20, 1-16

Le temps de la préparation

« Le Seigneur est tendresse et pitié […], juste en toutes ses voies. » (Ps 144, 8.17)

Le temps de l’observation

Le maître du domaine a été identifié à ce Dieu dont Isaïe nous dit que ses pensées ne sont pas nos pensées et ses chemins nos chemins (Is 55, 8) – en bref, ce qui vient de lui nous dépasse. La parabole ne pose pas de problème jusqu’au moment de la remise­ des salaires. Tout le monde peut s’accor­der sur la bonté de celui qui ne cesse de fournir du travail à tous les dés­œu­vrés, d’accueillir les tard-venus en matière de conversion pour leur proposer de participer à son œuvre de salut, et lui en rendre grâce. Le lecteur peut imaginer aussi l’espoir des premiers embauchés quant à l’augmentation de leurs gages. En ce sens, ils donnent à voir tous ceux qui servent Dieu tels des mercenaires en attente d’une récompense, et non comme des fils heureux d’être associés à la grande œuvre du Père. Des mercenaires qui restent dans la comparaison car ils n’ont pas compris la merveille de la relation avec Dieu et son caractère unique.

Le temps de la méditation

En fait, Dieu est resté fidèle à sa promesse, il ne s’est pas dédit. Mais manifestement, il a surpris. Humains, nous avons généralement un sens inné de la justice, mais souvent­ réduite à un strict égalitarisme à exercer sans états d’âme – les expériences d’enfance, plus ou moins heureuses, exacerbant cette approche. La bonté, en revanche, fonctionne suivant une autre logique surtout lorsqu’il s’agit de celle de Dieu qui est « tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour » (Ps 144, 8). Le livre de Jonas est tout entier concerné par ce hiatus entre nos pensées et le plan divin de salut offert à tous : la miséricorde étant ici accordée aux ennemis du prophète et de son peuple. L’Écriture nous appelle donc à élargir notre cœur, à trouver notre joie dans une relation personnelle avec ce Dieu dont nous voulons devenir les témoins. En pointant nos limites, elle nous invite à nous laisser conduire au-delà. Certes nous aurons à renoncer à nos catégories humaines, mais pour accéder à la plénitude de vie promise.

Le temps de la prière

Dieu, « jusqu’au rocher trop loin de moi, tu me conduiras. »
(Ps 60, 3) 

Emmanuelle Billoteau, ermite

Éditorial d'octobre 2026

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