Lectio Difficile à entendre

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Évangile selon saint Matthieu 18, 15-20

Le temps de la préparation

« Il est notre Dieu […]. Aujourd’hui, écouterez-vous
sa parole ? » (Ps 94, 7)

Le temps de l’observation

Jésus propose une procédure de correction fraternelle avec des étapes bien balisées. Il ne précise pas la nature du péché à l’origine de cette procédure. Du contexte, on peut déduire qu’il s’agit d’un péché contre l’un « de ces petits » (Mt 18, 10) ou encore d’un non-respect des commandements de la Loi rappelés par Jésus lui-même (cf. Mt 19, 18). Chaque chrétien est donc renvoyé à sa responsabilité de veiller sur une communauté censée témoigner de l’amour de Dieu pour l’humanité. « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 35). Responsabilité envisagée ici comme celle de l’agressé qui, dans la ligne du livre du Lévitique, est encouragé à ne pas « tolérer la faute » (cf. Lv 19, 17) de son compatriote, et à proférer une parole rappelant la Loi. Jésus précise en outre la seule motivation valable pour une telle démarche : « gagner son frère » qui, par son comportement, se met en « danger » ainsi que la communauté.

Le temps de la méditation

Tous et chacun, nous avons le pouvoir de « lier » et de « délier », d’ouvrir ou de fermer l’avenir tant pour l’agresseur que pour nous-mêmes. Ce qui suppose un décentrement de soi, autant dire de ne pas s’enfermer dans sa blessure, sans pour autant l’ignorer. Le propos de Jésus est aux antipodes du déni quant aux dysfonctionnements dans les relations interpersonnelles et communautaires, lesquels nous renvoient généralement à notre impuissance et à nos peurs. En ce sens, il ne nous encourage pas, sous prétexte d’amour et de bienveillance mal placés, à fermer les yeux et à nous rendre complice d’un mal. Mais l’intervention auprès du frère se doit d’être le fruit de tout un discernement humain et spirituel : est-ce qu’il s’agit juste de se soulager ou de gagner son frère, d’affirmer sa supériorité ou de s’engager dans une démarche de vérité commune ? En bref l’évangile ne fournit pas de « recettes », mais nous incite à donner le meilleur de nous-mêmes.

Le temps de la prière

« Adorons le Seigneur
qui nous a faits. » (Ps 94, 6)

Emmanuelle Billoteau, ermite

Éditorial d'octobre 2026

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