Commentaire Vivre comme apôtres

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À peine revenus d’Emmaüs, les disciples attendent patiemment que les Apôtres s’expriment pour pouvoir, enfin, prendre la parole. Leur rencontre inédite – une interprétation itinérante des Écritures puis la fraction du pain – cède la place devant le témoignage apostolique. « À leur tour », les deux disciples parlent du geste essentiel de l’eucharistie, Parole et pain consacré, qu’ils sont les premiers à avoir expérimenté. Entre Apôtres et disciples, cette hiérarchie surprenante révèle une structuration ancienne de l’Église que saint Luc veut expliciter. La puissance de l’expérience de la rencontre du Ressuscité – qui ne dépend pas des Apôtres – doit passer au crible du témoignage unique de ces derniers. Pour Luc, eux seuls répondent
à la double exigence d’avoir été compagnons de Jésus sur
les routes de la Terre sainte – en étant témoins de son enseignement et des gestes de puissance qu’il accomplit – et directement associés aux derniers jours de la vie de Jésus jusqu’à sa résurrection. Inversement, Cléophas et son compagnon témoignent d’une nouveauté dans le récit de Luc. Ni les femmes, venues les premières au tombeau, ni Simon-Pierre n’ont eu accès à cette expérience de la Parole qui vient nous rejoindre sur nos routes, se déploie en un accompagnement personnalisé, prend corps dans la présence eucharistique et nous envoie vers les autres ! À notre tour, nous sommes engagés sur la route de l’écoute, de la célébration et du service dans une Église tout apostolique.

Quelle parole pourra me nourrir pendant la semaine qui s’ouvre ?

Devant qui vais-je témoigner aujourd’hui du Ressuscité ? 

Luc Forestier, prêtre à La Madeleine (diocèse de Lille)

Éditorial avril 2026

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