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Éditorial du mois

Éditorial de décembre 2023

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Le contre-pied de la violence

Qu’est-ce que le contraire de l’amour? Question facile, n’est-ce pas? La haine. On apprend dès le plus jeune âge cette opposition qui semble universellement acceptée. Elle comporte assurément bien de la justesse.

Pourtant, dans notre vie de tous les jours, rares sont les occasions d’assister à une manifestation de haine. On est bien prêt à admettre qu’il manque d’amour dans notre monde. Mais il ne nous vient pas à l’esprit d’expliquer les malheurs de notre époque par un surcroît de haine.

C’est que le concept est quelque peu abstrait. Une autre force s’oppose plus concrètement à l’amour: la violence. Celle des armes et des poings, bien sûr, mais aussi de la surconsommation, de la pollution, des paroles qui blessent ou du regard qui évite le prochain.

Si la Bible est le lieu par excellence de révélation de Dieu qui est Amour, elle regorge tout autant de violence. C’est logique quand on y pense: l’humanité apprend qui est Dieu et ce que signifie aimer au cœur de l’expérience contraire, à savoir la domination des uns par les autres.

D’ailleurs, la période de Noël, que l’on associe spontanément à la joie et à la paix, ne fait pas l’économie de la violence. Comme Pâques n’est pas seulement la résurrection, mais aussi la Croix, Noël n’est pas uniquement l’Enfant Jésus: c’est aussi le massacre des Saints Innocents, rappelé chaque année le 28 décembre. Mais est-ce que Hérode est motivé par la haine? S’il signe la condamnation à mort de milliers d’enfants, c’est plutôt par peur, par avidité, pour protéger ses privilèges. Voire simplement pour préserver l’ordre social, politique. De même Pilate, des années plus tard. La violence se dissimule souvent dans les replis des meilleures raisons du monde… en apparence.

Si la cruauté d’un Hérode nous paraît étrangère, nous pouvons nous reconnaître dans un Pierre qui prend peur; dans le fils aîné de la parabole de l’enfant prodigue; ou encore dans le prêtre et le lévite, du récit du bon Samaritain, qui ont sans doute des raisons «culturellement correctes » de passer leur chemin.

Bref, le contraire de l’amour, c’est souvent une violence qui s’ignore comme telle. Il suffit parfois de fermer les yeux pour faire une victime. Un péché par omission.

La liturgie nous entraîne dans la reconnaissance de cette violence à laquelle nous participons tous et toutes: «Seigneur, prends pitié!» Non pas pour que nous restions figés dans la culpabilité, mais pour nous faire savourer avec plus d’intensité à quel point aimer, prendre le contre-pied de la violence, se dresser en faveur des victimes, c’est être mû par une vie nouvelle – celle qui se donne dans l’Eucharistie.

Jonathan Guilbault