Éditorial du mois Éditorial d’août 2026 A A Croire à la suite des autres «Il faut porter en soi la possibilité que la terre tremble et que le ciel s’ouvre.» Cette citation de l’écrivain suisse Maurice Chappaz me revient souvent à l’esprit lorsque je suis avec des personnes, le plus souvent des amis, dont les malheurs pèsent si lourd sur leur âme qu’elles ne savent plus comment ni quoi espérer. Il y a les gens qui sont tellement affectés par l’état du monde, les dérives de l’humanité et l’ampleur des injustices qu’ils n’arrivent plus à imaginer comment «l’histoire pourrait avoir une fin heureuse». Ils en veulent d’abord à leurs semblables, mais aussi à Dieu auquel ils ne croient plus: comment croire en un Être suprême, bon et tout-puissant, qui n’intervient pas quand «tout fout le camp»? Et puis il y a ceux qui sont moins sensibles aux malheurs du monde qu’à leurs propres souffrances et déceptions devant ce que la vie leur apporte. Ils peinent à goûter l’existence; leur ciel intérieur semble couvert de lourds nuages en permanence. Enfin, il y a ceux dont l’esprit est captif de la force de persuasion du matérialisme, qui forme la trame de fond de notre culture séculière. Autrement dit, ils désirent croire qu’il y a plus que ce que perçoivent leurs sens, que Dieu existe, que la vie a un sens… mais ils n’y arrivent pas. Ce qui leur paraît le plus crédible demeure que tout est matière et s’explique par la science. Il n’est pas facile de remonter le moral de ces personnes lorsqu’elles sont au plus bas. Nous pouvons bien témoigner de notre espérance chrétienne, mais c’est justement à la lumière de celle-ci qu’elles… désespèrent. Dans ces moments, les arguments convainquent peu, les vies transformées parlent davantage. C’est alors que les récits relatant le parcours des personnages bibliques, des saints et saintes, voire de simples croyants et croyantes ayant vécu une conversion, peuvent aider à dégager l’horizon. Abraham, Paul de Tarse, Thérèse d’Avila, Ignace de Loyola, Thomas Merton: découvrir leur chemin de vie, c’est prendre conscience que la terre peut trembler et faire tomber bien des obstacles. C’est réapprendre que le ciel peut s’ouvrir et qu’il existe bel et bien un soleil au-delà des tempêtes. C’est la vie de ceux et celles qui nous ont précédés dans la foi qui me permet de chanter avec confiance à la messe, sans me sentir malhonnête avec mes intuitions profondes: «Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire.» Sans leur témoignage, le Sanctus pourrait presque sonner comme une tentative désespérée de nous convaincre que notre foi repose sur quelque chose de vrai. Heureusement, nous savons que la terre a tremblé et que le ciel s’est ouvert pour des générations de croyants et de croyantes avant nous. À nous maintenant d’en faire l’expérience… et d’en témoigner à notre tour. Jonathan Guilbault