Éditorial du mois Éditorial avril 2026 A A Hors des sentiers battus L’an dernier, j’avais choisi Le Petit Prince comme lecture pour m’accompagner pendant le Carême. Après tout, le petit livre d’Antoine de Saint-Exupéry ne raconte-t-il pas une sorte de traversée du désert? Ce qui m’a frappé en le relisant, c’est que le Petit Prince en question, un enfant, voyage sans suivre aucun trajet prédéterminé. Pourtant, il croise des adultes sérieux pour qui les voies tracées par l’humain, comme le chemin de fer, sont presque une fin en soi: on sait où l’on va et on gagne du temps en suivant les routes! D’un point de vue pratique, c’est indéniable. Mais lorsqu’il s’agit de savoir où l’on va dans la vie, de donner une direction, un sens à nos actions, les routes toutes faites ne garantissent rien. Bien au contraire. Combien d’enfants souffrent d’être poussés à «devenir» ce que leurs parents ont imaginé pour eux? Combien de journées, voire d’années, passent en un clin d’œil parce que nous répétons les mêmes gestes, les mêmes choix, dans le confort rassurant de notre routine? N’exagérons rien: s’il fallait réinventer la roue chaque jour, notre vie serait bien pénible! Et l’expérience des parents est souvent précieuse pour aider les enfants à faire des choix éclairés. Mais reconnaissons-le: il nous arrive rarement de sortir du rang, de penser autrement, d’aller à contre-courant, de faire du nouveau, non pas pour le plaisir de la nouveauté, mais parce que quelque chose, ou quelqu’un nous y appelle. Car voilà qui est essentiel: sortir des sentiers battus n’a de sens que si l’on sent que la vérité s’y trouve, et qu’une vie plus dense nous attend ailleurs. Et pour nous, chrétiens et chrétiennes, cette vie, cette vérité ont un nom et un visage: Jésus. «Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie.» (Jean 14, 6) «Nulle route n’est le chemin qu’il me faut suivre», écrivait Paul Claudel. Car nous ne sommes pas invités à suivre une route, mais quelqu’un: le Christ. Ce dernier nous incite d’ailleurs à ne jamais le perdre de vue. Il nous appelle à l’amour et à la confiance, cela même qui guidait le Petit Prince… et Dieu sait à quel point notre monde n’est pas balisé pour cela. Le temps de Pâques célèbre justement ce grand miracle: le Christ a vaincu la mort, cette force obscure qui brouille notre regard et nous empêche de voir les chemins invisibles qui mènent à notre bonheur. Une grande lumière s’est levée sur le monde. Nous ne sommes plus perdus. Alléluia! Jonathan Guilbault