Éditorial du mois Éditorial d’octobre 2026 A A Ça vaut la peine Depuis plusieurs mois, nous offrons un abonnement d’un an gratuit à Prions en Église aux adultes qui cheminent vers le baptême, pour autant que leur paroisse nous en fasse la demande. L’initiative est partiellement financée par le Fonds missionnaire Novalis. La «mission» de ce Fonds, c’est toujours d’aider les communautés moins nanties d’Afrique et d’Asie à se procurer des ressources liturgiques. Mais soyons honnêtes: l’Église du Canada est devenue, elle aussi, une terre missionnaire, tant les besoins y sont criants. Plusieurs paroisses ont répondu avec enthousiasme. D’autres, que j’ai pourtant sollicitées pour leur faire profiter de l’offre en primeur, sont restées de glace. On m’a même répondu: «Ça ne vaut pas vraiment la peine.» Vraiment? J’essaie encore de saisir la signification de cette réponse. J’ai beau la tourner dans tous les sens, elle me fend le cœur. Elle me rappelle mon amoureuse de l’époque qui, à la mort de son chat, m’avait avoué: «Je ne veux plus avoir d’animaux de compagnie, car ça fait trop mal quand ils meurent, ça ne vaut pas la peine.» Or, s’il y a bien une certitude dans un cœur chrétien, c’est qu’aimer vaut toujours la peine. Même un chat. En fait, bien des communautés chrétiennes éprouvent des difficultés à accueillir cette nouvelle vaguelette de catéchumènes. On leur sourit, on leur parle, mais l’on sent bien que ces amabilités ne suffisent pas. La vie de la paroisse est construite d’une manière telle, et depuis si longtemps, qu’il semble difficile de se réorganiser pour répondre vraiment aux besoins variés des nouveaux venus. Va-t-on vraiment tout chambouler pour quelques personnes qui ne sont peut-être que de passage? Dans un récent numéro de la revue jésuite Études, la dominicaine Anne Lécu parle «d’élargissement» pour exprimer l’effort requis pour participer à la mission du Christ. De fait, Jésus invite ses disciples à avancer au large (cf. Luc 5, 4). Il n’est pas possible d’enfermer la vie spirituelle dans une routine: l’Esprit cherche constamment à élargir les frontières, celles de l’amour comme celles de notre foi. Pour une paroisse, cette pression de l’Esprit vers l’élargissement peut signifier d’inventer, chaque fois, un nouveau type de lieu d’accueil pour les catéchumènes qui sont, après tout, l’avenir de notre Église. S’il faut créer un groupe de partage biblique pour les accompagner, parce que leur soif des Écritures est le moteur de leur démarche, créons-le! Il «vaut la peine» de sacrifier d’autres activités régulières pour répondre à ce nouveau besoin. Et l’on découvre alors que cet effort ne reste pas stérile. Car les communautés qui acceptent de se laisser déplacer reçoivent en retour bien plus qu’elles n’ont donné: elles voient naître des liens, s’approfondir la foi, et se manifester un fruit discret mais bien réel de l’Esprit: la joie. Jonathan Guilbault