Éditorial du mois

Éditorial septembre 2026

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Précieux silence

Quelques jours avant la rédaction de cet éditorial, une panne d’électricité est survenue dans mon quartier. J’ai alors été plongé dans un silence inhabituel. Plus de ronron du réfrigérateur, plus de musique de fond, plus de bavardage à la radio. Seule l’horloge de la cuisine, à pile, rythmait de son tic-tac le passage du temps, que je commençais à trouver long. J’ai alors ressenti un certain malaise, comme s’il me manquait quelque chose… Serais-je devenu allergique à l’absence de sons?

Je le confesse, je donne peu d’espace au silence dans mon quotidien. Dès que je pénètre dans la maison ou dans l’auto, j’allume la radio. Je connais presque par cœur la grille-horaire d’Ici Première, c’est vous dire! C’est peut-être en réaction à cette abondance de sons que j’apprécie particulièrement les temps de silence lors des célébrations liturgiques. J’en suis alors, pour ainsi dire, un public captif et ça me fait le plus grand bien. Au point où je serais porté à en demander davantage.

D’après mon expérience, il me semble, en effet, qu’on pourrait accorder plus de place au silence dans le cadre de la liturgie. Peut-être craint-on que ce court moment sans aucune parole et sans musique apparaisse comme un temps mort, ou qu’il prolonge inutilement la célébration? Ce serait bien dommage… Cela dit, je ne suggère pas ici de donner à nos rassemblements des airs monastiques, mais simplement de ménager un peu plus de pauses insonores.

Dans un petit ouvrage paru il y a déjà plus de trente ans, la regrettée Michelle Charron-Grignon offrait une série de billets présentant des repères et des recommandations pour la liturgie (D’un même cœur, Novalis, 1992). Voici ce qu’elle écrivait à propos du silence: «Nos célébrations sont inondées par un flot de paroles. Parole de Dieu, certes! Mais aussi paroles humaines. Parfois, on peut avoir le goût de dire: “Taisez-vous!” Non pas se taire pour se taire, mais pour laisser à toutes ces paroles le temps de trouver leur écho en nous.» (p. 18) L’autrice touchait ici un point essentiel. En liturgie, faire silence, c’est à la fois favoriser la paix de l’esprit et donner une place dans son cœur pour accueillir une parole qui ne demande qu’à porter des fruits. Cela contribue sans doute à ameublir de «la bonne terre» (Matthieu 13, 23) pour recevoir avec profit ce que le divin semeur s’emploie à répandre dans notre monde.

Un proverbe dit que le silence est d’or; n’allons pas nous en priver!

Jean Grou