Éditorial du mois Éditorial juillet 2026 A A Je crois, nous croyons Ah, l’été! Je dois l’admettre: je suis du genre à m’encabaner l’hiver, voyant peu de gens au-delà de mon cercle familial immédiat. L’été devient donc, pour moi, la «saison de l’amitié», ce temps privilégié où se multiplient les retrouvailles avec des personnes proches de mon cœur, mais absentes de mon quotidien le reste de l’année. Par la force des choses, c’est aussi le moment où je raconte les hauts et les bas des derniers mois, à nouveau frais. Il m’arrive alors d’être surpris par la réaction de mes amis: «Franchement, tu n’as pas à te sentir mal, ce n’était pas ta faute!», «Tu en fais tout un drame, mais au fond, c’est plutôt drôle ce qui s’est passé!», et ainsi de suite. Bref, en soumettant au jugement de mes proches le récit des événements qui ont ponctué mon année, mon interprétation de ceux-ci se déplace et s’affine. Rien de tel que de se raconter à des personnes qui nous connaissent bien pour être amenés à admettre certaines vérités sur nous-mêmes! Dans le domaine de la foi, ce rôle est joué par la communauté des croyants et croyantes, l’Église. Or, en tant qu’éditeur, je reçois trop souvent à mon goût des manuscrits de personnes désireuses de témoigner de révélations privées ou de vérités dites secrètes. Leur point commun est frappant: leurs auteurs souhaitent presque toujours publier leur texte tel quel. À leurs yeux, ce qu’ils ont écrit ne peut être ni contesté ni même discuté, puisque cela viendrait directement de Dieu. Il est théoriquement possible d’avoir raison contre tous, ou presque. Jésus lui-même témoigne du bien-fondé de défendre des convictions profondes à contre-courant. Mais, sauf de rares exceptions, la mise à l’épreuve publique des idées et des croyances demeure le moyen le plus sûr d’éviter de s’égarer dans les corridors de la tour d’ivoire de notre propre esprit. À l’inverse, il est tout aussi malsain de croire quelque chose uniquement parce que notre groupe d’appartenance y croit. Au fil de l’histoire, bien des institutions, y compris l’Église, ont imposé des «vérités» étrangères à la sensibilité spirituelle des gens. Il en a souvent résulté une adhésion superficielle, accompagnée d’un malaise durable. Dans son ouvrage L’art de croire, Yves St-Arnaud énumère plusieurs caractéristiques d’une croyance qu’il estime saine. La toute première est qu’elle doit être ressentie: elle doit faire «résonner» quelque chose en moi et entrer en dialogue avec mon intuition personnelle du sens de l’existence. C’est précisément pour cette raison que la liturgie alterne constamment entre les dimensions personnelle et communautaire de la foi. Le rituel recèle une grande sagesse: il offre à chaque personne, à plusieurs reprises, l’occasion de dire à la fois «Je crois» et «Nous croyons». Jonathan Guilbault