Éditorial du mois Éditorial juin 2026 A A Le bras dans le tordeur Au début de l’hiver dernier, mon fils s’est inscrit, pour la première fois, dans une ligue de hockey. Au cours des premières semaines, j’ai été mitraillé de courriels appelant les parents à s’engager dans les activités de la ligue. Ces appels répétés ont fini par me donner mauvaise conscience. J’ai donc répondu que je pouvais bien aider un peu, quand c’était possible. Je m’attendais à ramasser les rondelles, ouvrir la porte du banc des joueurs, lacer leurs patins, etc. Or, dix jours plus tard, j’étais nommé… entraîneur-chef! Presque du jour au lendemain, je quittais les estrades pour me retrouver sur la patinoire, tentant d’animer une séance d’entraînement préparée en catastrophe, entre un passage au magasin pour m’acheter des gants et un sifflet, et des formations en ligne pour obtenir mon accréditation au plus vite, le premier tournoi étant déjà à nos portes… Plusieurs en ont déjà fait l’expérience: dans le milieu du bénévolat, il suffit de tendre le petit doigt pour que le bras passe dans le tordeur! Les besoins sont si nombreux qu’une petite aide ponctuelle se transforme rapidement en un engagement de plusieurs heures par semaine. Je l’admets, la pensée de m’enfuir en courant m’a effleuré l’esprit. Après tout, on avait abusé de ma bonne volonté: je n’avais pas signé pour ça! Mais il m’était impossible de faire taire, en moi, l’enseignement de Jésus sur ce qu’est réellement l’amour: «Si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui.» (Matthieu 5, 41) Et puis, maintenant qu’une dizaine de visages d’enfants se tournent spontanément vers moi, non seulement pour savoir à quelle position ils joueront, mais surtout pour recevoir des encouragements, il n’est plus possible de revenir au confort de mes samedis matin dans les gradins, un café fumant à la main. Nous vivons à une époque où les sollicitations à donner, à se donner, ne se font pas discrètes. Autour de nous, il ne manque pas de personnes itinérantes, de parents isolés, de proches ayant besoin de soins ou de bonnes causes auxquelles contribuer. Je suis le premier à m’être doté d’une carapace qui m’aide à dire «non», sans quoi je m’épuiserais et ma vie deviendrait vite désorganisée. Mais le risque est d’«automatiser» ce mécanisme, nous rendant imperméables à toute initiative un peu dérangeante. Or, l’eucharistie nous rappelle que le don de soi n’est ni anecdotique ni un bonus accordé de temps à autre, mais structurant. C’est le cœur même de notre vie chrétienne. L’Esprit nous aide à discerner là où notre don est requis, et le Ressuscité, lui qui nous connaît si bien, nous dit: «Ça vaut la peine!»