Courir après quoi ?

À L’HEURE D’ECRIRE ces lignes, j’ignore quand se déroulera le prochain championnat mondial d’échecs. En revanche, ce que je sais, comme tout amateur de ce jeu captivant, c’est que le champion du monde depuis plus d’une décennie, le Norvégien Magnus Carlsen, a décidé de ne pas défendre son titre.

Si j’en parle, ce n’est évidemment pas pour spéculer sur les conséquences de cette décision sur le monde des échecs. C’est plutôt la raison alléguée par Carlsen qui m’intéresse, et l’enseignement que l’on peut en tirer.

Bien des incitatifs auraient pu pousser le champion à choisir autrement: le respect de la tradition, les conventions, les attentes de ses admirateurs, la pression de tout le monde échiquéen, des opportunités financières. Et surtout: un sixième triomphe aurait été historique, car nul n’en a jamais gagné davantage.

Alors, pourquoi se désister? Carlsen donne comme explication principale que le type de préparation exigé par un championnat du monde n’est plus susceptible de le motiver et de le rendre meilleur. Autrement dit, sa visée a changé: non plus devenir meilleur en vue de la gloire, mais organiser sa vie afin de devenir meilleur.

Évidemment, on peut faire valoir qu’en tant que champion incontesté, il a le luxe de faire la fine bouche en regard des honneurs: il en est déjà couvert! Mais ce confort relatif n’enlève rien à la valeur du repositionnement qu’il opère vers un nouvel objectif final: non plus la gloire, mais devenir meilleur.

Très longtemps, le but ultime du chrétien ou de la chrétienne s’est résumé en un mot: le salut. Une bonne partie de la prédication du clergé, surtout au Moyen Âge, mais encore il n’y a pas si longtemps, exhortait les fidèles à chercher le salut avant tout.

Ce n’était pas complètement erroné comme approche. Mais le salut, comme la gloire sportive, n’est pas quelque chose sur laquelle nous avons le contrôle. Il se reçoit comme une grâce. Plus encore: le salut s’accueille et se vit, en partie ici et maintenant. Notre foi en Jésus Christ nous relève de nos petites morts dans l’aujourd’hui de notre existence.

Et comme Magnus Carlsen pour la gloire, nous avons le «luxe» de ne pas avoir à courir après le salut; le luxe de ne pas avoir peur de le «manquer». Car notre foi nous assure que Dieu est avec nous. Nous sommes sauvés!

Après quoi, après qui courir, alors? Après Jésus, qui a toujours quelques coups d’avance sur nous. Car c’est en le suivant avec l’enthousiasme de l’amour que nous devenons «meilleurs», un peu plus comme Dieu.

Jonathan Guilbault

Exergue
Notre foi en Jésus Christ nous relève de nos petites morts dans l’aujourd’hui de notre existence.

 
 
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