Éditorial

«ÇA VA BIEN ALLER!» Au moment où j’écris ces lignes, les couleurs de l’arc-en-ciel qui accompagne ce slogan affiché un peu partout se déteignent. Ça va un peu mieux qu’au moment du grand confinement, mais on voudrait bien que ce soit fini, parce que ça reste quand même inquiétant. Et voilà que la liturgie du premier dimanche du Carême, qui tombe cette année le 21 février, raconte comment le signe de l’arc-en-ciel est apparu.

L'ampleur des ravages de la pandémie n’est rien en comparaison de la dévastation du déluge universel dont les mythes mésopotamiens et la Bible gardent la mémoire. Selon la Genèse, ce cataclysme fut décidé par Dieu pour reprendre à neuf son œuvre que la dépravation et la violence de l’humanité enfonçaient inexorablement dans l’abîme du mal. Lorsque les flots, qui n’avaient épargné que les occupants de l’arche de Noé, furent résorbés, Dieu conclut une alliance avec ceux-ci et tous leurs descendants. Et voici l’arc-en-ciel, signe de cette alliance! Il dit assurément que «ça va bien aller», mais à la manière de Dieu.

En réalité, ce n’est pas à nous que Dieu destine le signe de l’arc-en-ciel, mais à lui-même, pour se souvenir en temps voulu de son alliance éternelle et qu’il n’y ait donc plus jamais de déluge (cf. Genèse 9, 12-17). Dieu a compris que la retenue est de mise lorsqu’il est tenté de désespérer de l’humanité. Il n’intervient jamais contre le mal avec la toute-puissance que nous souhaitons ou craignons instinctivement. Il nous en délivre plutôt avec une maîtrise tellement déroutante qu’elle nous donne parfois l’impression qu’il nous a abandonnés. Ça va bien aller si nous nous laissons saisir par la patience de Dieu jusque dans les moments les plus sombres et douloureux de nos vies et de l’histoire humaine.

Une interprétation juive me semble ajouter à cette espérance une nuance encourageante. Elle raconte qu’à l’origine, les nuages étaient tellement denses que le soleil ne pouvait s’y réfléchir. Le déluge les a allégés au point de permettre à l’arc-en-ciel d’apparaître. Celui-ci est donc aussi le signe d’un raffinement du monde, qui amène le Zohar, le plus important ouvrage de la littérature mystique (ou kabbale) juive, à conseiller: «Si tu vois un arc-en-ciel aux couleurs lumineuses, attends la venue du Messie.» Le déluge a raffiné le monde. Et chaque crise que traverse l’humanité la bonifie. Cela s’applique aussi à notre Église: oui, il semble que le confinement a accéléré durablement la baisse de la pratique religieuse; mais ça va bien aller si nos communautés accueillent ce phénomène comme une occasion de renouveler leur engagement baptismal avec la ferveur évangélique des origines chrétiennes.

Jacques Lison

 

Ça va bien aller si nous nous laissons saisir par la patience de Dieu jusque dans les moments les plus sombres et douloureux de nos vies et de l’histoire humaine.