Éditorial

La vocation de prophète

SI VOUS NE RECEVEZ PAS L’EDITION mensuelle du Prions en Église, je vous suggère de vous procurer au moins le numéro de juillet. Ou de trouver le moyen de lire, au rythme qui vous convient, mais si possible d’un trait, la première lecture de chaque jour des semaines de ce mois. Vous plongerez ainsi dans certaines des plus belles pages d’Amos, d’Osée, d’Isaïe, de Michée et de Jérémie. Elles vous apprendront, mieux que je ne puis vous l’exprimer, ce qu’est un prophète.

Il est celui qui parle sans langue de bois alors que les autres se taisent. Ses interventions dérangent les gens superficiels, voire égoïstes, et il met sens dessus dessous les institutions qui perdent leur âme, se sclérosent et s’enlisent. Il est un insupportable empêcheur de tourner en rond, certes, mais pas au point d’être ce que l’on appelle un «prophète de malheur». S’il dénonce l’hypocrisie et les injustices, c’est parce qu’il croit en l’humanité.

En réalité, le prophète est celui qui voit. On dit qu’il prédit l’avenir. Il faudrait plutôt dire qu’il le met à nu. Car loin d’être un diseur de bonne aventure, le prophète est un expert dans la lecture des signes des temps. Son observation attentive des tendances religieuses, éthiques, sociales, politiques, militaires de son époque a tellement aiguisé sa lucidité qu’il voit exactement ce qui est sur le point de survenir. Surtout, tel un guetteur, il perçoit avant tout le monde les forces obscures sournoisement à l’œuvre. Il refuse que celles-ci aient le dernier mot. Il déchire l’horizon, il abat les murs que créent l’intolérance et la peur de l’autre, il relance l’histoire au moment où elle semble s’effondrer, il annonce que l’avenir n’est pas impossible.

En écrivant cela, je prends tout à coup conscience que notre baptême a fait de nous les membres de Jésus Christ prêtre, prophète et roi. Cela veut dire que la vocation de prophète est inscrite dans mes gènes chrétiens. Ma vie devrait donc être une prophétie indiquant un horizon plus vrai, plus beau, plus grand, plus inspirant et épanouissant que les leurres de l’ego qui tuent l’âme de nos sociétés et les recroquevillent sur elles-mêmes. Mais où puiser l’incandescence de ce dépassement, sinon dans une prière engagée à l’école des prophètes et particulièrement de Jésus. On ne peut prendre celui-ci au sérieux, écrit Albert Nolan, sans «être prêt à devenir prophète et mystique». Parce que Jésus voulait que tout le monde lise les signes des temps et entre dans l’intimité de son Père au point de voir, sentir et agir comme lui.

Jacques Lison

 

Ma vie devrait être une prophétie indiquant un horizon plus vrai, plus beau, plus grand, plus inspirant et épanouissant.