Éditorial
Le rôle de Marie

IL Y A QUELQUE CHOSE DE NOËL dans le temps pascal. Quelque chose qui semble bien provenir de l’hospitalité de la nuit de Noël. Quelque chose qui passe par Marie. Non pas vraiment parce que la dévotion populaire a fait de mai le mois de Marie, mais tout simplement parce que Marie a vécu le temps pascal d’un bout à l’autre. Cette année, son rôle discret, mais décisif depuis Noël jusqu’à Pâques et au-delà m’apparaît par deux biais.

D’abord, celui de la fête de la Visitation de la Vierge Marie célébrée le 31 mai. Ce n’est pas tous les ans que le temps pascal dure jusqu’à cette date. Quand cela arrive, l’ambiance de Noël s’invite littéralement dans celle de Pâques comme un grand moment d’hospitalité. Marie est l’hôte de son hôtesse, Élisabeth. Et leur hospitalité mutuelle accueille sans réserve l’imprévu, le projet de Dieu sur elles. Ce que Marie pressent alors se dilate dans son Magnificat qui célèbre un monde hospitalier, habitable. Un monde qui privilégie enfin la bonté des humbles et leur sens du partage, au grand dam des riches qui sont renvoyés les mains vides si elles ne s’ouvrent pas à ce bonheur. C’est déjà Pâques!

Je trouve dans l’Évangile selon saint Jean le second biais par lequel Marie nous ouvre le chemin de l’hospitalité qu’elle a pratiquée toute sa vie. Origène († vers 253) m’y invite en ces termes: «Nul ne peut saisir le sens de [cet évangile] s’il ne s’est penché sur la poitrine de Jésus et n’a reçu de Jésus Marie pour mère.» Je méditerai dans cet esprit les longs et répétitifs discours de Jésus que la liturgie nous donne à lire presque intégralement durant ce temps pascal. Il nous faut l’écoute, la foi et la disponibilité de Marie pour que ces textes johanniques saisissent nos vies au point de nous faire demeurer dans l’amour de son fils comme lui, le Fils, demeure dans l’amour de son Père..

La nuit de Noël nous engageait à accueillir le Christ venu habiter chez nous pour que nous habitions de plus en plus en lui. Le temps pascal nous entraîne à vivre et à propager cette hospitalité jusqu’au bout de nous-mêmes. Il a fallu que Jésus, l’hôte de Noël et d’Emmaüs, traverse les eaux baptismales de la douleur et de la mort pour que monte en lui et par lui l’aube pascale d’une société qui ouvre son cœur et ses bras à l’autre, à l’étranger, au réfugié, au pauvre, au bonheur de Dieu.

Jacques Lison

 

Il y a quelque chose de Noël dans le temps pascal. Quelque chose qui semble bien provenir de l’hospitalité de la nuit de Noël.